Je n’ai pas pris le temps de rédiger un article sur le blog depuis un long moment. Les semaines passées ont été bien chargées, aussi le retard s’est quelque peu accumulé dans mes lectures alors même que j’aurais voulu vous parler de manière plus détaillée de certains livres. Ce sera donc un article comme je n’en ai pas l’habitude, où, pour rattraper en quelque sorte mon retard et repartir sur de bonnes bases je vais mettre en avant des livres lus ou en cours de lecture qui me paraissent marquants.

Le site fêtant ses 7 mois, j’aurais voulu faire une espèce de bilan comme j’avais fait pour le premier mois du blog. De peur que tout devienne trop brouillons, je me contenterai juste de vous remercier, vous qui venez régulièrement sur Lisez Voir. Vous êtes près d’un millier à avoir lu les articles que je vous propose et, en mars dernier, alors que je publiais mon premier article j’étais bien loin d’imaginer qu’autant de lecteurs seraient touchés par un énième blog sur wordpress. Même quand le contenu manque, je vois qu’un curieux s’est connecté alors que rien n’a été publié depuis maintenant quelques semaines et pour cela merci.

Passons au vif du sujet ! Vous trouverez ci-dessous, pêle-mêle, des livres lus ou en cours de lecture sans ordre particulier si ce n’est au hasard des couvertures qui traînent un peu partout chez moi.

Hurry on Down, John Wain, Les Éditions du Typhon

HurryonDown
Très jolie découverte

Toute jeune maison d’édition basée à Marseille, les éditions du typhon m’ont fait parvenir ce roman de John Wain, écrivain anglais parmi les plus importants du milieu du XXe siècle. Ceux qui me connaissent personnellement savent comme les périodes littéraires qui entourent et traversent la Seconde Guerre mondiale m’intéressent dans la complexité des questions qu’elles soulèvent alors que se lèvent les dictatures ou que, abasourdies par les horreurs du conflit, les sociétés entrent en conflit avec elles-mêmes dans l’espoir d’un changement.
C’est d’une jeunesse anglais en crise dont traite Hurry on Down à travers l’histoire d’un jeune homme, Charles Lumley, qui après avoir obtenu son diplôme d’histoire dans une banale université va se lever contre le déterminisme bourgeois qui voudrait qu’il trouve un ennuyeux travail et qu’il se marie sans faire de vagues. Mais si John Wain est rattaché au mouvement des « Jeunes hommes en colère  » et que les éditions du typhon s’en saisissent, c’est bien parce que notre narrateur Lumley va s’élever contre ça et prendre sa vie en main : tant pis si pour cela il doit affronter le mépris de ceux qui trouvent que laveur de carreaux n’est pas un bon métier.
Ce roman, où s’entremêle humour british et moments d’émotion, montre une étonnante modernité, à se demander si malgré les années qui nous séparent de l’après-guerre, la société a beaucoup changé…

 

– Alors vous étiez sans travail ?
Les mots mêmes que Charles redoutait.
– Eh bien oui. Je ne peux pas dire, d’ailleurs, que cela m’ennuyait beaucoup. Les choses finissent toujours par s’arranger du moment qu’on abandonne l’idée qu’on est fait pour un métier précis.

Au fil des pages le candide Charles s’émancipe, prend de la consistance et devient l’un de ces personnages qui trottent dans la tête. Je vous invite à découvrir le site des éditions du typhon. Pour ma part, j’attends avec curiosité la sortie d’Eltonsbrody de Edgar Mittelholzer (traduit par Benjamin Kuntzer), premier ouvrage de la collection des « Hallucinés », un autre thème qui m’est cher et promettant de belles histoires de fantômes.

Les Contes noirs du golf, Jean Ray, Alma éditeur

JeanRaycomptesnoirs
Dispensable

Je me permets une transition avec les hallucinés et les histoires de fantômes en vous présentant Les Contes noirs du golf. Si vous ne connaissez pas le « maître des effrayants vertiges » qu’est Jean Ray, il s’agit d’un écrivain belge, maestro du fantastique malheureusement tombé dans l’oubli depuis les années 80 et que les éditions Alma nous font redécouvrir aujourd’hui. Malheureusement, je ne vous conseille absolument pas de commencer par cet ouvrage centré sur les greens de Golfs et constitué des nouvelles fantastiques originellement publiée dans la revue Golf. Elles me donnent l’impression d’avoir été écrites afin de gagner sa pitance.

JeanRayCité
Indispensable

Ce livre serait à mon sens dispensable s’il n’était pas paru dans l’idée de publier des œuvres complètes. En commençant par ce dernier vous risqueriez de passer à côté d’un écrivain au réel talent. Lisez plutôt La Cité de l’indicible peur, un roman particulièrement prenant dans lequel Triggs, peureux retraité de la police londonienne, va se confronter aux mystères les plus étranges. Une atmosphère insidieuse de peur panique s’installe dans les rues d’Ingersham avec un brio qui n’a rien à envier à Lovecraft.

 

L’Installation de la peur, Rui Zink, éd. Agullo

Installationdelapeur
L’Installation de l’oubli

Bon. Alors ?
À défaut de m’avoir inquiété ou fait rire, ce huis-clos portugais m’aura laissé de marbre. Je suis pourtant un bon client quand les situations tendent à l’absurde et des flots de dialogues courts et répétitifs ne me dérangent normalement pas. S’il était supposé montrer les mécanismes de la peur, c’est plutôt l’ennui qui m’a gagné. Peut-être suis-je passé à côté du livre mais quand on a lu Beckett ou Novarina, difficile de s’en accommoder.

 

– « Attendez. Il y a plus. »
Carlos :
– « Il y a beaucoup plus.
Sousa :
– Et mieux bon fantastique unique.  »
Carlos exulte :
– Oui.

Bon. Voilà.

Tous les hommes désirent naturellement savoir, Nina Bouraoui, JC Lattès

Bouraoui
Agréable surprise

Premier livre que je lis de Nina Bouraoui après avoir découvert ce roman en furetant sur le site de la maison d’édition et en tombant un soir où je ne trouvais pas le sommeil sur son passage dans On n’est pas couché. Une belle découverte qui retrace par une autofiction pleine de modestie les débuts d’écriture de la narratrice déracinée de son enfance algérienne. Avec une écriture en fragments, sobrement titrés de « Se souvenir », « Devenir », « Savoir »… le roman entremêle l’enfance passée et l’adulte en devenir au sein de la communauté lesbienne du Katmandou où se fréquentent des femmes passionnées et violentes. C’est en quelque sorte cela qu’est le roman de Bouraoui, un récit du désir et de la violence dans lequel surgissent régulièrement des passages à la fois magnifiques et baroques comme celui de la piscine où la mort et la vie, le fond et le ciel se confondent sous le regard indifférent de l’ami d’alors.

 

Je remonte en me propulsant du sol et je coule à nouveau. J’accomplis ainsi six allers-retours. À chaque fois j’ai le temps de voir l’incroyable et triste ciel, incroyable en raison de sa pureté, triste parce que je me dis que c’est la dernière fois que je le vois : je vais mourir et je me regarde mourir.

Moi, ce que j’aime c’est les monstres, Emil Ferris, Monsieur Toussaint-Louverture

MoiCQJCLM
Un MUST HAVE je vous dis

Énorme succès de librairie, incroyable travail d’édition (tout a été redessiné et recalibré pour la publication) qui fait oublier que ce roman graphique hors-norme nous vient tout droit des États-Unis et qu’il s’agit d’une traduction. Les dessins au stylo bille donnent véritablement l’impression d’être dans le journal intime d’une jeune fille à l’imagination débordante, qui fait par exemple son auto-portrait en loup-garou, qui va s’interroger sur les circonstances de la mort de la belle voisine qu’elle appréciait.
Derrière l’innocence de la narratrice se cache une profonde critique de notre société à laquelle rien n’échappe : tant l’école et ses harcèlements entre gamins derrière le dos des religieuses, les relations au sein d’une famille, d’un immeuble ou d’un quartier mais aussi sur l’art et l’histoire. Bref, un must have.

 

Watership Down, Richard Adams, Monsieur Toussaint-Louverture

WSHIPDOWN
Première fois de ma vie que je veux être un lapin

Que font des lapins quand l’un d’eux jouent les prophètes en annonçant qu’un terrible malheur va s’abattre sur leur garenne ? Une petite troupe d’intrépides couards vont se jeter à l’aventure et traverser bois, champs et rivières qui les séparent de l’endroit qui les sauvera du danger.
Incroyable d’imagination, Watership Down offre à son lecteur une aventure drôle et émouvante, garnie de mots tirés de la langue lapine comme skramouk (l’odeur du renard et tout ce qui inspire la répulsion). Saluons enfin, le joli travail éditorial tant sur le papier, le choix de la typographie et les jolies illustrations de Melanie Amaral qui ponctuent cette nouvelle édition. Un ensemble qui donne l’impression de tenir un vieil et précieux ouvrage.

 

Au moment de partir, Hazel vit les nuages se déchirer à l’ouest et une coulée d’or pâle illumina le ciel.
Ô Shraavilshâ, se dit-il. Ce sont des lapins que nous nous préparons à rencontrer. Tu les connais comme tu nous connais. Pourvu que je fasse le bon choix.
« Allons, courage Fyveer, dit-il tout haut. On t’attend, tout le monde se mouille. »
Un bourdon trempé escalada un chardon, fit crépiter ses ailes quelques instants et s’envola vers le bas du pré. Hazel le suivait, laissant derrière lui des empreintes sombres sur l’herbe aux reflets d’argent. »

5 commentaires

  1. Quoi, mais vous avez tous la version illustrée de « Watership Down » alors que j’ai toujours l’ancienne qui m’a coûté une blinde ? (et que je n’ai toujours pas lu, ahem)

    Pour « Moi, ce que j’aime, c’est les monstres », je vais attendre avant de le lire, j’en entends tellement parler que ça m’en a dégoûtée d’avance ! Tu rejoins les innombrables critiques dithyrambiques dessus en tout cas.

    Je suis assez rassurée de lire ton avis sur le dernier livre de Nina Bouraoui, je ne l’ai jamais lu, mais j’en entends que du bien. Ceci dit, j’avais une petite pointe d’hésitation…

    Je découvre les autres livres ! Toujours impressionnée par la diversité des maisons d’édition qu’on peut trouver dans tes lectures. Beau bilan en tout cas !

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, dis toi que je ne connaissais absolument pas ce livre mais quand je suis tombé nez à nez sur lui en librairie, je n’ai pas résisté au papier rouge sur la tranche et granuleux… 🙂

      Je comprends pour ce qui est de Moi, ce que j’aime c’est les monstres. On en entend parler partout et ce n’est pas fini : il est dans la première sélection du prix BD de la Fnac. Après, à mon sens, il vaut vraiment le détour.

      Pour le Nina Bouraoui, j’ai été agréablement surpris, vraiment. Il me reste quelques dizaines de pages à lire mais pour l’instant c’est beau et les phrases sont limpides.

      Merci ! RDV lundi ou mardi pour une nouvelle flopée de livres sur la thématique du Japon 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Les couvertures de Jean Ray ont attiré mon regard en librairie donc je suis contente d’avoir ton retour ! Je pense que je les emprunterai à la bibliothèque plutôt que de les acheter, je ne suis pas toujours fan de Lovecraft donc même si c’est très bien, autant tester sans faire mal au porte-monnaie.

    On est d’accord pour Moi ce que j’aime, c’est les monstres. C’est vraiment magnifique, et le travail d’édition est hallucinant, je suis bien contente que les droits aient été acquis par Monsieur Toussaint Louverture, c’est bien tout ce qu’Emil Ferris mérite !
    Je crois voir que c’est un gros succès de librairie et tant mieux. Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un tel coup de cœur pour un roman graphique.

    La première édition de Watership Down par Monsieur Toussaint Louverture était déjà très réussie, mais alors celle-ci…. elle est assez flippante, tout de même (je l’ai vu au milieu d’un rayon jeunesse et ça dénotait), mais c’est un très bel objet.

    Aimé par 1 personne

    1. Je pense qu’effectivement l’emprunt en bibliothèque est une bonne solution pour Jean Ray au moins pour se faire une idée sur « La Cité de l’indicible peur ». Si tu passes à côté de ce dernier, il y a de fortes chances que le reste ne te passionne pas non plus.

      Oui, franchement on peut trouver que l’éditeur de Monsieur Toussaint Louverture en fait parfois « trop » mais force est de constater qu’il met d’énormes coups de pieds dans la fourmilière du monde éditorial. Je crois que le roman graphique a été numéro 1 des ventes en BD à la Fnac pendant plusieurs semaines notamment et toutes les librairies dans lesquelles je rentre l’ont mis en avant. C’est clairement mérité.

      Je suis d’accord pour Watership Down, c’est d’ailleurs cette impression flippante qui m’a donné envie de l’acheter !

      Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.