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Ouvrir Théodose le Petit, de l’écrivain roumain Răzvan Radulescu (traduit par Philippe Loubière), est une expérience comparable à celle de s’approcher d’une baignoire et d’y tremper le gros orteil afin de savoir si la température nous convient.

C’est le cas, car l’eau délicatement chaude du bain a le même côté rassurant que la douce couverture fraisée qu’offre à notre regard le livre des éditions Zulma. On s’y glisse alors avec un certain plaisir, soulagé par avance du repos que va nous offrir ce moment.
Passé le prologue, on est tout à son aise et l’on découvre des personnages certes étranges mais tout à fait mignons et l’on se dit alors :

— « Je suis en train de lire un conte pour enfant ! »

Mais, pendant que vous êtes en train de découvrir Théodose le Petit, prince au royaume menacé, et que vous rendez visite, accompagné de son chaperon Gabriel le Chatchien, à la chouette Calliope dans sa fraiseraie, ou au minotaure Samuel, cultivateur de champignons ; le bouchon du siphon de votre baignoire a mystérieusement disparu et l’eau se vide de plus en plus rapidement en un maelström qui vous aspire vous aussi, lecteur qui ne rêvait que d’un bon bain et d’un roman tranquille.

Je passerai sur le délicat moment où votre corps se trouvera à l’horizon des événements, au bord du trou noir qu’est le siphon. Ce qu’il se passera ensuite dépendra de votre physique propre. Certains corps s’allongeront et se mêleront à l’eau avec aisance et d’autres, je crois, résisteront, repoussant de leurs bras le moment où le tronc suivra les jambes. Parfois, il faudra en extraire à l’aide d’une grosse ventouse, car le corps ne veut définitivement pas passer, et ils iront reposer le livre dans l’étagère, en incendiant le chien qui reste dans les pattes, de fort mauvaise humeur.

 

Théodose le Petit 2
L’univers de Théodose le Petit possède même sa carte.

En effet, Théodose le Petit est un livre étrange qui peut plaire autant que l’inverse. C’est, à mon sens, un grand roman. Un objet délirant que je n’ai pas lâché tant j’ai été happé dès les premières pages par une langue et une écriture singulières. Quelqu’un d’autre pourrait vous dire qu’il s’agit d’un objet délirant, qu’il a lâché au bout de cinquante pages tant il a été noyé par la focalisation multiple, les intrigues intriquées ou l’usage de différents genres narratifs et par des dialogues parfois dépourvus de sens immédiat.

Les goûts et les couleurs me direz-vous. Et bien oui, contre cela, comment lutter ? En vous disant qu’après avoir passé le siphon, vous vous retrouverez comme Alice après son entrée dans le terrier du lapin : dans une longue chute, ou devrais-je dire cascade, durant laquelle vous rebondirez d’intrigues en intrigues et rencontrerez d’invraisemblables personnages et objets. Vous devriez pousser votre aventure, ne serait-ce que pour rencontrer les affreux instigateurs que sont le machiavélique Silure protecteur et le tyrannique Otto, duc d’Ottobourg, inventeur fou d’objets de tortures et d’armes de destruction. Quoique vous fassiez, le roman vous avalera jusqu’à ce que vous soyez comme un poisson dans l’eau ou jusqu’à la noyade.

Si toutefois la chute vous effraie, dites-vous que Răzvan Radulescu tisse sa toile. Car derrière la surface de l’innocent conte pour enfant se déroule, en profondeur, une intrigue implacable et impeccable où les stratèges se rendent coups pour coups dans une grande partie d’échecs pour le trône.
Ainsi, l’auteur vous embarque dans un livre d’aventure et d’espionnage rocambolesque où se mêlent trahisons, réseaux clandestins, retournements de veste, tensions géopolitiques et humour décapant, le tout dans un univers fantastique au bord de l’explosion où se croisent hommes, fourmis ou encore poissons qui se déplacent en aquarium.

À la fin de l’incroyable chute, vous sortirez de votre lecture comme après un bon bain, relaxé et détendu, satisfait d’avoir pris le temps de découvrir un roman qui n’est à nul autre pareil.

Un extrait ?
« Il est de certains avantages spirituels que seuls peuvent offrir les bains, quand ils sont pris extrêmement rarement. Une foule de gens se lavent quotidiennement, sous la douche, soit le matin, soit le soir. C’est d’une grande bêtise. En se maintenant propre tout le temps, on finit par ne plus sentir la nécessité d’un vrai bain. Car, c’est seulement lorsqu’on se plonge jusqu’au cou dans l’eau qu’on peut, par exemple, regarder, pendant des minutes d’affilée, le balancement des canetons qui flottent, pendant que leur ressort intérieur caquette et se détend. »

Ce livre est pour vous si :
• La plongée ne vous fait pas peur
• Le grand roque et le gambit vous attirent
• L’épique et l’humour vous font vibrer
• Les grands méchants vous passionnent

Pour en savoir plus : le site des éditions Zulma.

Théodose le Petit, Răzvan Radulescu, trad. Philippe Loubière, éditions Zulma, 2016.

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